La photographie numérique nous a offert des possibilités infinies, mais elle a aussi créé un nouveau problème: les images peuvent être retouchées à l’infini. Surtout quand on a le déclencheur facile. Qui n’est jamais passé par là? On rentre d’une sortie ou d’une séance photo, la carte mémoire est pleine de beaux souvenirs et de clichés imparables, mais au lieu de se réjouir des photos, on redoute les heures que l’on va passer devant l’ordinateur. C’est précisément là qu’interviennent les simulations de film FUJIFILM. Ce ne sont pas de simples filtres, mais un retour à l’essence même de la photographie, où l’image est pensée et façonnée consciemment dès le moment de la prise de vue.
Quiconque a déjà chargé une pellicule argentique dans un appareil photo sait que le choix du film détermine en grande partie le rendu des images. C’est exactement ce principe que les simulations de film FUJIFILM transposent dans l’univers numérique. Il ne s’agit pas de simples filtres appliqués après coup comme sur Instagram et consorts, mais de profils complexes de couleur et de contraste appliqués directement lors de la création de l’image dans l’appareil photo. FUJIFILM s’appuie ici sur plus de 80 ans d’expérience dans le développement de films argentiques. Les simulations reproduisent les caractéristiques de ces pellicules, des couleurs éclatantes d’un Velvia jusqu’au style désaturé et documentaire d’un Classic Chrome. Elles permettent ainsi de créer des images pleines de caractère et d’âme, convaincantes dès la sortie de l’appareil, sans devoir passer des heures devant l’ordinateur.

Alors qu’avec des logiciels de retouche comme Adobe Lightroom et Capture One, on travaille généralement un fichier RAW plat en ajustant ensuite les couleurs et le contraste avec des curseurs, chez FUJIFILM, la magie opère directement dans le processeur de l’appareil. Celui-ci interprète les données du capteur en temps réel et applique des algorithmes complexes qui ne se contentent pas de modifier les couleurs, mais influencent aussi l’interaction entre lumières, ombres et micro-contrastes.
Cette «retouche intégrée à l’appareil» présente un avantage décisif: le résultat est souvent plus harmonieux et organique que lorsqu’on tente de recréer le rendu a posteriori sur ordinateur. Comme l’appareil connaît parfaitement la réaction de son propre capteur à la lumière, il peut adapter idéalement la simulation de film à celui-ci. Cela fait également gagner énormément de temps. On photographie en JPEG, on voit déjà l’image finale dans le viseur avant même la prise de vue, puis on peut la transférer directement sur son smartphone pour la partager. Le processus créatif sort ainsi du bureau pour revenir au moment de la prise de vue.
Une recette de film va encore plus loin. Elle prend une simulation de film comme base et l’affine en ajustant d’autres paramètres afin de créer un style totalement personnalisé. Une recette se compose donc de plusieurs réglages qui définissent ensemble le rendu final de l’image. Les douze paramètres disponibles interagissent fortement entre eux et peuvent transformer radicalement la simulation de base. Voici les principaux:
La simulation de film choisie constitue la base de chaque recette. Elle détermine la palette de couleurs de base et le contraste de départ. Le choix entre le Provia neutre, le Classic Negative nostalgique ou l’Acros contrasté pour le noir et blanc donne l’orientation générale. Beaucoup de photographes de la communauté, moi y compris, privilégient Classic Chrome comme base. Son profil assez plat constitue un excellent point de départ.
Entrer dans le détail de toutes les simulations dépasserait le cadre de cet article. Le mieux est d’expérimenter un moment avec les simulations pures afin de mieux comprendre comment elles réagissent en fonction des différentes conditions de luminosité. La page suivante donne un aperçu complet des différentes simulations (Lien).
Le réglage de la plage dynamique (DR100, DR200, DR400) contrôle la manière dont l’appareil gère les contrastes extrêmes. DR100 est l’option qui offre le contraste le plus naturel. DR200 et DR400 protègent les hautes lumières contre la surexposition en assombrissant les zones claires tout en relevant légèrement les ombres. DR400 est particulièrement adapté aux scènes très contrastées lors des journées ensoleillées, lorsqu’on souhaite préserver un maximum de détails dans les zones claires comme dans les zones sombres. Attention: les DR plus élevées nécessitent un ISO minimal plus élevé (DR200: à partir de ISO 250 ou 320, DR400: à partir de ISO 500 ou 640 selon le modèle d’appareil).
Cet effet ajoute à l’image un grain artificiel, mais que je trouve très organique. On peut régler son intensité (faible/forte) ainsi que sa taille (petite/grande). Le Grain Effect est idéal pour donner aux images numériques une texture argentique et nostalgique. Si tu préfères un rendu très propre et moderne, mieux vaut le désactiver.
Cet effet produit des couleurs plus profondes et plus riches ainsi qu’une meilleure gradation tonale dans les zones fortement saturées, sans les rendre artificiellement excessives. Il est particulièrement efficace avec les rouges et les jaunes vifs, par exemple sur des fleurs ou des couleurs d’automne intenses. Il évite également que ces teintes ne fusionnent en aplats sans relief.
Semblable au Color Chrome Effect, mais spécialement conçu pour les tons bleus. Il rend le ciel ou la mer plus profonds et plus structurés. C’est particulièrement utile lors des journées lumineuses, quand le ciel paraît souvent pâle ou délavé sur les photos. Utilisé avec précision, il apporte beaucoup d’impact aux paysages.
La balance des blancs sert normalement à obtenir des couleurs neutres. Mais dans les recettes, elle est souvent utilisée de manière créative. Grâce à un décalage (déplacement sur l’axe rouge/bleu), on peut donner à l’image une tonalité plus chaude (plus de rouge/jaune) ou plus froide (plus de bleu). C’est surtout ce paramètre qui permet de modifier fortement l’ambiance d’une recette. Si tu vois des recettes où l’ambiance et les couleurs s’éloignent fortement de la réalité, cela vient souvent de ce réglage.
Le paramètre Highlights permet de contrôler précisément les zones les plus lumineuses de l’image. Une valeur positive rend les hautes lumières plus vives et plus contrastées. Une valeur négative les adoucit, créant un rendu plus doux et plus mat tout en préservant davantage de détails dans les zones claires.
C’est le pendant des Highlights. Une valeur positive assombrit les ombres et produit des noirs profonds et intenses ainsi qu’une ambiance plus dramatique. Une valeur négative éclaircit les ombres, ce qui peut donner à l’image un aspect vintage.
Ce paramètre contrôle la saturation générale des couleurs. Une valeur positive intensifie les couleurs et apporte davantage de vivacité. Une valeur négative désature l’image et conduit à un rendu plus feutré ou pastel.
Le paramètre Sharpness détermine la netteté, à savoir la précision avec laquelle les contours sont reproduits. Pour un rendu numérique moderne, on la laisse à 0 ou on l’augmente légèrement. Comme les films argentiques étaient souvent un peu plus doux, de nombreuses recettes vintage réduisent volontairement la netteté dans les valeurs négatives afin d’obtenir un rendu plus organique et moins «numérique».
La réduction du bruit à haute sensibilité ISO lisse l’image, mais peut produire un rendu pâteux et cireux lorsqu’elle est trop poussée. La communauté qui utilise les recettes a souvent tendance à régler cette valeur au minimum (–4). Le bruit naturel du capteur est alors accepté comme élément esthétique et contribue au caractère argentique.
Le paramètre Clarity, ou clarté, agit sur le micro-contraste des tons moyens. Une valeur positive donne une image très texturée et «granuleuse», ce qui peut être intéressant en architecture ou pour des portraits stylisés. Une valeur négative produit un effet doux et vaporeux souvent utilisé dans des recettes cinématographiques ou romantiques. Attention: modifier ce paramètre ralentit légèrement l’enregistrement des images.
Même si elles ne font pas directement partie du menu I.Q. des paramètres, les corrections d’exposition jouent un rôle important. Beaucoup de recettes ne révèlent tout leur potentiel que lorsqu’on surexpose légèrement l’image (pour un rendu éthéré et pastel) ou qu’on la sous-expose (pour des couleurs profondes et une ambiance dramatique). La plupart des recettes proposent d’ailleurs des recommandations concernant l’exposition et les ISO.
Pour comprendre comment ces paramètres interagissent en pratique, voici quelques images d’exemple réalisées avec deux recettes différentes.
Cette comparaison montre de manière frappante l’étendue des possibilités créatives offertes par les simulations de film, alors même que les deux recettes reposent sur la même simulation de base. Lors de mes recherches, j’ai tenté d’estimer grossièrement le nombre de combinaisons possibles. Théoriquement, on obtient plusieurs milliards de variantes. Même en excluant des réglages extrêmes comme des balances des blancs très marquées, il reste une diversité immense, bien au-delà de ce qu’une vie entière permettrait de tester. Il y a donc encore largement assez de rendus inexplorés. Il y a de fortes chances que toi aussi, tu crées ta propre recette et qu’elle se fasse remarquer par la communauté.
Tu ne veux pas te limiter à une seule simulation de film ou à une seule recette pendant la prise de vue? Voici quelques options supplémentaires.
Avec la fonction «Film Simulation BKT» (bracketing), tu peux créer à partir d’une seule prise de vue trois JPEG différents avec des simulations de film distinctes. Il suffit de choisir trois favoris dans le menu – par exemple un Provia neutre, un Classic Chrome au caractère affirmé et un Acros contrasté pour le noir et blanc. Lorsque tu appuies sur le déclencheur, l’appareil enregistre l’image trois fois avec chacun des rendus choisis. C’est parfait lorsque tu hésites entre un rendu couleur ou noir et blanc sans devoir prendre cette décision au moment même de la prise de vue. En revanche, ce flux de travail ne permet pas d’enregistrer des recettes.
Si tu photographies en RAW, tu n’es jamais définitivement lié·e à la simulation choisie au moment de la prise de vue. Grâce au convertisseur RAW intégré à l’appareil, les simulations et paramètres de recettes peuvent aussi être appliqués après coup. Tu peux le faire directement depuis l’aperçu des images dans l’appareil en appuyant sur la touche Q, ou confortablement sur ton ordinateur avec le logiciel FUJIFILM X RAW Studio. J’aime aussi beaucoup utiliser ce logiciel pour tester et optimiser de nouvelles recettes sur différentes images.
Les simulations de film m’accompagnent depuis plusieurs années déjà et je les ai évoquées dans plusieurs de mes articles. Elles ont profondément changé ma manière de photographier. Voici trois raisons pour lesquelles elles font aujourd’hui partie intégrante de mon flux de travail photographique.
Quand je regarde à travers le viseur électronique et que je vois le monde dans un rendu qui me plaît plutôt que dans un profil plat, cela me donne beaucoup plus envie de prendre des photos. Cela m’aide à rechercher plus consciemment des sujets et des ambiances lumineuses qui correspondent à ce rendu. Ceci est particulièrement intéressant lors des shootings. Les personnes impliquées, comme par exemple un mannequin, peuvent déjà se faire une idée du rendu final des images sur place. Les simulations de film soutiennent ce processus et peuvent, d’après mon expérience, aider à développer dès le départ une compréhension visuelle commune.
Lorsque je photographie une série entière avec la même recette, toutes les prises de vue ont automatiquement un style homogène et cohérent. Cette constance est particulièrement précieuse lorsque je veux créer rapidement une story pour les réseaux sociaux sans devoir retoucher chaque photo une par une.
Si tu as, comme moi, des ami·e·s ou des membres de la famille impatient·e·s, les simulations de film sont une aide précieuse. Après une sortie, je peux partager immédiatement les photos et retravailler tranquillement mes préférées plus tard. Et quand il faut aller encore plus vite, les images peuvent être transférées directement sur le téléphone.

Pour moi, les simulations de film et les recettes FUJIFILM sont bien plus qu’un simple gadget technique. Ce sont des outils créatifs extrêmement motivants qui permettent de recentrer l’attention sur l’essentiel: photographier et y prendre du plaisir.
Les simulations de film sont particulièrement utiles si tu as peu de temps pour la retouche, si tu veux partager rapidement tes images ou simplement vivre davantage l’instant présent plutôt que de passer des heures devant ton ordinateur. Elles constituent aussi une excellente porte d’entrée pour toutes celles et ceux qui cherchent encore leur propre style. Au lieu de se perdre dans une infinité de presets Lightroom, le retour visuel immédiat dans le viseur permet de comprendre beaucoup plus vite quel rendu correspond à sa propre esthétique.
Alors, pour qui cela vaut-il la peine? À mon avis, pour toutes les personnes qui ont un appareil FUJIFILM entre les mains, qu’elles soient débutantes ou photographes expérimenté·e·s. Les débutant·e·s profitent immédiatement de résultats convaincants sans connaissances techniques poussées. Quant aux plus avancé·e·s, les recettes raviveront peut-être une nouvelle passion ou donneront une nouvelle vision de la photographie. Et pas d’inquiétude: si tu photographies simultanément en JPEG et en RAW, tu as toujours ton fichier RAW comme sauvegarde et tu peux continuer à t’amuser dans Adobe Lightroom.
Avec des milliards de combinaisons théoriques possibles, ce système offre un terrain de jeu pratiquement inépuisable. Que tu recherches plutôt le charme vintage de l’argentique ou un rendu moderne et cinématographique, ta recette personnelle attend d’être découverte.
Photos & Texte: Denny Waves
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