14.10.26 retour

Du plus bas au plus haut: Phil Bucher et son X-T5 sur les sentiers de la Suisse

Pour un documentaire de la SRF, Phil Bucher a participé à un voyage exceptionnel à travers la Suisse, du point le plus bas du pays, près de l’île de Brissago, jusqu’à la pointe Dufour, à 4’643 mètres d’altitude. Avec cinq autres participants, il a parcouru, en neuf jours, plus de 227.6 kilomètres et près de 14’950 mètres de dénivelé, à pied, en vélo de course, en VTT, en paddle et enfin en haute montagne. Pour Phil, ce n’est pas tant la performance sportive qui prime, mais le chemin, entre épuisement, changements météo et dynamique de groupe. Ses images sont prises de près, en pleine action et sans mise en scène.
PhilBucher FUJIFILMStory XT5 4373

phil

Phil Bucher

Je m’appelle Phil Bucher, je suis photographe et je viens du Valais. Je suis souvent dehors, quelque part entre montagne, voyages et projets pas toujours prévus. Mes images naissent rarement d’un plan défini, mais plutôt de moments qui surgissent en pleine action.

D’ailleurs, je me suis retrouvé dans ce documentaire de la SRF de façon assez inattendue. Parmi plus de 600 candidats, six ont été sélectionnés, et j’en faisais partie. J’ai vite compris que je ne voulais pas seulement vivre le voyage, mais aussi le capturer, non pas en documentariste classique, mais à ma manière: de près, d’un œil honnête, sans mise en scène.

Je ne veux pas que mes photos racontent le déroulement du voyage, mais notre ressenti.


PhilBucher FUJIFILMStory XT5 3537
PhilBucher FUJIFILMStory XT5 Top (7 of 12)

Du lac jusqu’à la haute montagne

Du point le plus bas de Suisse, à Brissago, jusqu’à la
pointe Dufour: près de 227.6 kilomètres et 14’950 mètres de dénivelé. Entre les deux, il y a tout ce qu’on peut
imaginer: de l’eau, de l’asphalte, des sentiers,
des glaciers et des rochers.

Les disciplines changent constamment:
paddle, vélo de course, marche ordinaire, VTT, puis
traversée des glaciers et de la haute montagne.
Le plan est établi, mais sur le terrain, rien n’y correspond:

la météo peut changer à tout moment, le matériel peut tomber en panne, et le corps aussi, de toute façon.

C’est exactement ce qui m’attire: non pas les situations où tout fonctionne, mais celles où tout bascule.

Quand il ne s’agit plus d’accomplir une performance,
mais seulement de continuer, pas à pas, sans trop réfléchir.

C’est là que les choses changent: le regard se calme, et c’est là que naissent des images qui restent.

La structure dans l’incertitude

Je suis souvent en déplacement de manière générale, mais pour ce projet, cela n’a pas suffi. Je me suis spécialement entraîné pour l’endurance et l’altitude: j’ai beaucoup marché et passé du temps dehors, même avec les jambes fatiguées. Il s’agissait moins d’atteindre la perfection que d’habituer le corps à fonctionner longtemps sous contrainte.

L’entraînement mental était presque encore plus important. Je connaissais déjà ce genre de situation grâce à des projets précédents: quand on n’est plus en forme, l’esprit commence à douter. C’est à ce moment qu’on décide si on continue ou si on s’arrête.

Moins de choix pour y voir plus clair

Comme chaque gramme compte lors d’un tel circuit, je n’étais équipé que de deux appareils photo – le FUJIFILM X-T5 et le FUJIFILM X half – ainsi que de deux lentilles. Il n’en faut pas plus quand on veut saisir les instants de près. Bien au contraire, cet équipement réduit m’a aidé à travailler plus efficacement et à réagir plus rapidement. Quand on a moins de choix, on ne réfléchit même pas, on se contente d’agir.

Le FUJIFILM X-T5 a été mon fidèle compagnon dans presque toutes les situations. Je n’ai pas eu besoin de beaucoup de réflexion, tout s’est passé sans stress. C’était décisif, surtout dans les moments où il fallait aller vite alors que j’étais déjà fatigué. Je pouvais avoir une confiance totale en mon appareil..

Le FUJIFILM X half, lui, était parfait le reste du temps: il est léger, simple à utiliser et je l’avais toujours à portée de main. Je l’avais surtout emporté pour les trajets en vélo de course et ça me plaisait de pouvoir vite l’embarquer, de partir et de pouvoir m’amuser avec en chemin.

Au pire, c’était moi qui ne fonctionnais pas. Parfois j’étais trop fatigué, trop lent ou je réagissais trop tard, mais ça fait partie du jeu.

Peut-être que c’est ça l’important: mon équipement n’a jamais été une limite.

PhilBucher FUJIFILMStory XT5 4888
PhilBucher FUJIFILMStory XT5 3916

Les moments entre les moments

J’ai participé à une production télévisuelle, mais il y avait toujours un autre aspect qui se jouait en parallèle pour moi. Pendant le tournage, j’ai essayé de capturer ce qui se passait entre les prises, les moments imprévus.

Je n’avais pas d’images concrètes en tête, pas de plan. Les cartes postales parfaites ne m’intéressent pas, ce sont les transitions qui m’importent: quand quelqu’un s’immobilise, quand l’énergie change, quand un groupe se transforme lentement en équipe.

Peut-être qu’au final, le sujet était moins la Suisse en tant que lieu, mais son effet sur les gens. C’est une histoire de proximité, de moments où on repousse ses limites physiques et mentales.

Il était important pour moi de saisir des images qui se suffisent à elles-mêmes, même hors contexte, hors télévision, hors explication. Une image ne fonctionne que si elle suscite une réaction, pas parce qu’on sait à quel événement elle renvoie.

Six histoires, un seul commun

Nous étions six personnes avec des histoires totalement différentes. Beaucoup d’entre nous ne s’étaient jamais vus auparavant. Au début, il y a toujours une certaine distance dans ce genre de situation. Chacun, chacune a son propre rythme, sa propre personnalité.

Mon rôle de photographe se trouvait quelque part entre deux pôles: je faisais partie du groupe, mais j’avais toujours un pied en dehors. Je n’étais pas un observateur classique, qui regarde de l’extérieur, mais j’étais en pleine action. C’est tout simplement un autre point de vue.

Les grands moments m’intéressaient moins que ce qui se passe entre eux: les petits regards, les courtes pauses, les changements de dynamique et la manière dont des gens qui ne se connaissent pas deviennent peu à peu une équipe.

Le paysage était là, c’est sûr, mais il n’était jamais l’élément principal. L’essentiel, c’étaient les gens qui s’y trouvaient.

Juste avant la pointe Dufour

Récapitulatif des 7 jours par Phil

Il n’y a pas eu de « grand moment ». L’important, c’étaient plutôt les phases où tout s’accumulait  – la fatigue, la météo, les doutes – mais où on continuait quand même.

Un moment m’est quand même resté en mémoire: dans la cordée, avec Richi, sur le chemin de la pointe Dufour. Nous avions décidé tôt que nous devions nous encorder. Devant nous se trouvaient plusieurs groupes, et à un moment donné, Richi s’est mis à accélérer. Nous avons commencé à dépasser les autres.

À partir de là, tout est allé très vite. Je n’avais presque plus de temps pour penser aux photos. Mon cœur battait, j’étais uniquement concentré sur le pas qui me précédait.

Et pourtant, l’appareil photo m’accompagnait.

À un moment donné, nous nous sommes retrouvés devant. Richi s’est arrêté. Pour moi, il avait un peu la place du chef en montagne: quand il s’arrête, c’est que c’est du sérieux.

C’est à ce moment-là que cette image est née. La décision était prise: il fallait faire demi-tour, trop de neige fraîche sur notre chemin.

D’un point de vue sportif, c’était très dur; on est si proche du but et pourtant on doit lâcher l’affaire. Mais d’un point de vue photographique, c’était exactement ce que je cherchais.

Pas de sommet, pas de succès,
seulement ce moment où tout bascule.

L’image derrière le circuit

Une photo après une longue journée, quelque part en pleine action. Le corps est fatigué, la tête est encore sur le chemin.

Rien de spectaculaire, pas de sommet, pas de moment planifié, seulement cet état après l’arrivée.

Pour moi, cette image va au-delà de ce qu’elle montre, elle évoque ce qui reste une fois que tout est fini.

PhilBucher FUJIFILMStory XT5 5722
PhilBucher FUJIFILMStory XT5 5898

Parfois, il suffit d’être dehors

Je n’ai besoin de rien de plus, ni pour prendre des photos ni pour le reste. Moins, c’est souvent plus: plus de clarté et d’honnêteté. Ce n’est pas nouveau pour moi, mais ce voyage l’a encore une fois confirmé.

La Suisse n’a pas changé, mais mon regard sur elle, peut-être. Il ne s’agit pas tant pour moi de « faire de belles photos », mais plutôt d’être présent et de laisser les choses venir.

Sur le plan créatif, cela signifie lâcher prise encore plus, moins planifier, faire davantage confiance. Les meilleures images ne naissent pas lorsqu’on les cherche, mais lorsqu’on est ouvert à leur apparition.

Et peut-être que c’est tout ce qui reste: ne pas essayer de tout contrôler, se contenter d’être là, dehors. Et puis, il se passe quelque chose.

Photos & Texte: Phil Bucher

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