
Je suis auteur, photographe et je voyage depuis plus de dix ans. La plupart du temps, je me déplace seul, souvent en Asie, et j’ai un lien particulier avec Bangkok. Ce n’est pas la perfection des cartes postales qui m’intéresse, mais la vraie vie: les gens, les marchés, la chaleur, le travail, la nuit, l’expérience du terrain. Je suis venu à la photographie en 2016 en travaillant sur mon premier livre de cuisine et de voyage «Zwei Pfannen on the Road». Aujourd’hui, je raconte des histoires en images et en mots et je travaille sur mes sixième et septième publications.
Bangkok a toujours été pour moi la ville la plus intense du monde: une métropole qui ne dort jamais, qui va d’un côté, de l’autre, vit et vibre 24 heures sur 24. Ce n’est pas la Bangkok des cartes postales qui me fascine, mais la vraie vie au-delà des clichés: les ruelles, la chaleur, le rythme, les gens, la nourriture, le cœur battant de l’Asie du Sud-Est. C’est ça que je veux montrer dans «Wild Bangkok».
J’ai trouvé cette idée spontanément avec mon cousin et meilleur ami Florian: celle d’un livre qui donnerait une image authentique de la cuisine de cette ville. La street food, pour moi, c’est plus que de la nourriture: c’est un mélange d’identité, de survie, de fierté et de vie quotidienne. Nous voulons rencontrer des cuisinières et des cuisiniers sur place, préparer à manger avec eux, écouter leurs histoires et partager leurs recettes. Notre travail ne sera pas clean et mis en scène, mais brut, honnête et un peu fou.


Il nous reste un défi à relever: le rythme de la ville, la lumière, la peur de ne pas pouvoir tout capturer. Mais c’est justement là-dedans que réside la magie de ce projet.
J’ai un plan général qui me donne la direction, une sorte de boussole intérieure. Mais beaucoup de choses arrivent de manière intuitive chez moi. Je crois qu’il existe deux types de personnes: celles qui planifient tout de façon technique et précise, et celles qui se laissent guider par leur rythme interne. Je fais clairement partie du second groupe. Je planifie dans ma tête, mais je sais que sur place, tout se passera différemment dans tous les cas, et c’est justement cela le meilleur. Mes ami·e·s disent souvent: «on ne sait jamais avec toi, tout peut arriver. ;)»






Pour entrer en contact avec les gens, il faut de l’ouverture et de la curiosité. Je m’adresse à elles et eux, j’écoute, je laisse les conversations se nouer et je prends mon temps. Après plusieurs années passées en Asie, je connais un peu le rythme, et la Thaïlande a l’une des cultures les plus ouvertes et chaleureuses qui soient.
Nous avons prévu d’allier nos propres recettes, que nous mettons au point en studio en Suisse, à des plats créés avec des cuisinères et des cuisiniers sur place. Les portraits et la photographie de rue relient la nourriture à la vie urbaine. Ils doivent constituer le lien visuel entre la cuisine et le quotidien.








Mes liens avec FUJIFILM datent de 2016, lors du travail sur mon premier livre de cuisine en collaboration avec Iwan Hediger. Nous avons alors utilisé pour la première fois un appareil FUJIFILM en plus des appareils photo analogiques. Depuis lors, je n’ai jamais voulu chercher une autre marque. Son look rétro, ses molettes faciles à utiliser et sa commande intuitive conviennent à ma façon de travailler. Les X-T5 et les nouveaux X-E5 sont pour moi les appareils photo idéaux aujourd’hui: légers, robustes, rapides et réduits à l’essentiel; c’est exactement ce dont j’ai besoin en voyage. J’aime les choses simples et sans complications, et FUJIFILM est le choix parfait.
Je travaille exprès avec des objectifs à focale fixe très lumineux. Les objectifs à zoom ne m’ont jamais vraiment convaincu dans le domaine de la photographie de rue. Les focales fixes m’obligent à prendre des décisions, à me déplacer et à participer activement à la scène. Dans une ville comme Bangkok, qui vit surtout la nuit, la luminosité est essentielle. Avec l’objectif de XF23 mm pour la rue, celui de XF33 mm pour la nourriture et les portraits et celui de XF56 mm pour des moments plus calmes et concentrés à distance, je couvre toutes les perspectives, en restant flexible, discret et toujours prêt.


En tant que cuisinier de formation, je suis resté curieux. J’adore essayer de nouvelles recettes, même celles que je ne cuisinerais jamais moi-même. À Bangkok, ça arrive à chaque coin de rue: une salade de papaye super épicée avec des œufs salés, des soupes de nouilles aux abats, des pattes de poulet, des trucs sans nom. Ma règle est simple: dans tous les cas, je goûte. Tous les plats ne deviennent pas mes préférés, mais peu de choses en disent plus sur une culture que la nourriture et les personnes qui la préparent.







J’ai souvent mangé les meilleurs plats de ma vie dans les gargotes les plus sordides, en Inde, aux Philippines, ici à Bangkok. C’est exactement dans ces endroits que je cherche mes images. Je m’intéresse aux mains, à la sueur, au wok, à la flamme. Je m’approche, je pose des questions, je regarde, je prends mes clichés. La plupart du temps, on m’accepte tout de suite. Parfois je demande un plat qui crache vraiment le feu, car c’est à ce moment qu’on voit ce qu’est vraiment la street food: c’est brut, chaud et vivant.
La faible luminosité est à la fois un élément central de ce projet et l’un de ses plus grands défis. J’aime utiliser le grain comme élément de style, mais je choisis de le maintenir aussi faible que possible. Ce n’est pas par perfectionnisme, mais par respect pour le média final: le livre. Le papier, l’impression et la finition demandent une marge de manœuvre, et c’est la propreté du matériel de départ qui me la donne.

Toutes les situations n’étaient pas aussi contrôlables que je l’avais imaginé, surtout la nuit à Bangkok, quand les néons, les panneaux publicitaires et la circulation attirent tous l’attention en même temps. J’ai atteint des limites par moments, pas vraiment celles de l’appareil photo, mais plutôt les miennes. Donc j’ai appris, j’ai improvisé, j’ai fait des recherches, des essais. Parfois, je faisais ça sur place, parfois aussi avec l’IA. Je l’utilise comme un raccourci pour trouver les bonnes infos. Je lui demande des réglages de l’appareil photo, dont j’ignorais complètement l’existence. Parfois, je prends rapidement la scène avec mon smartphone et je demande: «comment est-ce que j’obtiens ça exactement?» Soyons francs: l’appareil photo est rarement le problème. Le problème, c’est nous. L’IA raccourcit ce parcours d’apprentissage de manière décisive, et c’est précisément pour cela que je l’utilise.





Ma configuration d’objectifs à focale fixe et à forte luminosité était absolument correcte. Peut-être qu’un grand angle extrêmement large aurait ouvert de nouvelles perspectives, peut-être aussi qu’un téléobjectif léger m’aurait donné encore plus de marge de manœuvre, mais c’est cette contrainte qui m’a justement obligé à me concentrer davantage sur ce que je voyais. Et c’est exactement le but.

Je vais être tout à fait honnête: avant ce projet, je n’avais choisi aucun réglage prédéfini sur mon FUJIFILM. Je n’avais même pas vraiment compris la marche à suivre. J’en ai été d’autant plus reconnaissant pour le conseil que m’a donné FUJIFILM Suisse: essayer, tout simplement. J’ai donc préinstallé quelques presets de FUJIFILM Weekly sur mon appareil.
Tout d’abord, je peux dire que c’était vraiment sympa. Ça permet vraiment de gagner du temps dans les finitions. En même temps, j’ai remarqué que j’avais quand même besoin des images RAW pour moi. J’ai souvent pris des photos avec la simulation de film tout en sauvegardant le RAW en parallèle. Le seul problème pour moi, c’était que j’avais parfois fait exprès de sous-exposer ou de surexposer énormément les prises de vue, et c’est précisément cela qui est plutôt pénible dans les simulations de film. En fait, le but serait de ne plus avoir à apporter de grosses modifications aux images dans Lightroom.

Je crois que la prochaine fois que je ferai une escapade citadine ou que je prendrai une photo qui n’est pas destinée à un projet ou à un livre particulier, je choisirais de travailler exclusivement avec des simulations de films. Mais je règlerais l’exposition comme cela me semble juste dans le viseur ou sur l’écran, ainsi je pourrais utiliser l’image tout de suite, dans le meilleur des cas.
J’ai l’impression que «Wild Bangkok» sera mon livre le plus authentique à ce jour. Ce n’est pas que les autres aient eu des lacunes, mais je me suis vraiment senti chez moi à Bangkok. Cette ville ne m’a ni éprouvé, ni jugé, ni tenu à distance. Elle m’a simplement accueilli. Et ses habitant·e·s se sont ouvert·e·s à moi, comme je me suis ouvert à elles et eux. De telles rencontres sont rares, et elles vous changent.





Peut-être que c’est le projet où j’ai cessé de vouloir raconter ma propre histoire. À la place, j’ai tenté d’écouter Bangkok, ses gens, ses cuisines, ses rues. Je ne cherchais pas des expériences exceptionnelles, mais de la compréhension. Je cherchais à capter le pouls de cette ville. J’en ai plus appris sur moi-même là-bas que lors de nombreux voyages précédents.
Nous avons eu la chance de travailler tantôt avec des cuisiniers connus, tantôt avec des gens ordinaires, au quotidien souvent difficile. C’est cet écart qui donne sa forme au livre et qui m’a marqué.
Ce qui reste, c’est la gratitude, et la prise de conscience que l’authenticité n’est pas un style, mais une décision. Quand on agit avec honnêteté, des portes s’ouvrent. Les histoires n’attendent que d’être racontées, et nous en portons tous une en nous. Peut-être que la chose la plus importante que j’en retire, c’est cette confiance: écouter son cœur, faire confiance à ses tripes et laisser à la tête la seule tâche de donner une direction à l’ensemble. Tout le reste vient de là.
Photos & Texte: Yves Seeholzer
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