Lydia Droner et Pauline Martin : En 2005, lorsque le Musée de l’Elysée a célébré son 20e anniversaire, le directeur de l’époque, William A. Ewing, a préféré un « regard vers l’avenir » – au lieu de la « vue rétrospective » plus attendue. Il ne s’agissait pas de voir ce que le Musée de l’Elysée faisait depuis 20 ans, mais ce que la photographie pourrait être dans 20 ans. Son idée était de faire un pari sur l’avenir : Qui seront les grands noms de la photographie de demain ? En 2010, à l’occasion du 25e anniversaire du musée, il a voulu renouveler l’exercice. Entre-temps, il est devenu un véritable programme qui permet de réaliser une sorte de « statue » d’une création internationale en devenir tous les 5 ans.
Contrairement aux trois éditions précédentes, nous avons décidé que l’appel à candidatures ne se fera pas par le biais des écoles, mais par celui des artistes qui ont déjà participé à reGeneration1, 2 et 3. Nous avons donc recontacté les 180 photographes avec un double objectif : Nous voulions savoir comment leur carrière a évolué et quels sont les défis auxquels ils sont confrontés aujourd’hui dans l’exercice de leur profession. Dans ce contexte, nous leur avons demandé de présenter des candidats pour cette quatrième édition. Le défi pour nous n’était pas tant d’apprendre à connaître « les photographes de demain », mais de comprendre quelles pourraient être les préoccupations des photographes d’aujourd’hui, et en fait d’un musée dédié à leur médium, à la veille de notre déménagement à PLAETFORME10.

L’exposition est conçue comme un laboratoire de pratiques muséales et curatoriales. Après avoir lu les dossiers des artistes, nous avons identifié 4 axes, qui ont à leur tour servi d’architecture à l’exposition : Engagement, diffusion numérique, égalité et genre et écologie.
Le premier axe est la question de l’engagement et de la forme qu’il devrait prendre aujourd’hui dans le soutien aux photographes. La question de la protection de l’environnement est également devenue rapidement un sujet clé, tout comme la question de l’égalité des sexes dans le domaine de la photographie. Enfin, les questions soulevées par la distribution numérique, le partage des données et la manière dont les algorithmes influencent nos décisions nous ont également paru centrales.
Nous avons interrogé chaque étape de la production de l’exposition (encadrement, impression, transport, guide du visiteur, ouverture, etc.) pour prendre conscience de nos pratiques et voir si nous pouvons réduire leur impact sur les émissions de CO2. Nous avons remarqué que les photographes étaient très ouverts pour discuter de la forme de leur travail, qui devrait finalement être plus responsable sur le plan écologique. Nous devrons probablement introduire ce dialogue avec les artistes dans nos habitudes afin de transformer également certaines idées préconçues, comme la priorité du grand format.
Il ne fait aucun doute que tous les efforts doivent être faits pour que les appels à candidatures de ce type ou les concours pour un prix, par exemple, soient accessibles à tous. Si nous pouvons nous efforcer d’assurer l’égalité des chances dès le début du processus sans recourir aux quotas pendant la procédure de sélection, et s’il s’agit d’un réflexe plutôt que d’une contrainte, nous pourrions jouer notre rôle dans ce domaine extrêmement important. Notre appel à candidatures stipulait donc qu’un nombre égal de photographes féminins et masculins devait être proposé.
Cela concerne probablement tous les artistes, et pas seulement les photographes suisses. Une question importante qui a été soulevée dans les réponses à notre questionnaire était l’économie de la profession. Nous ne pouvons plus répondre à un artiste qui, simplement en exposant ses œuvres, lui garantit un retour sur investissement. Le monde de la presse paie moins qu’avant, le marché est saturé. L’engagement du musée de l’Elysée sur cette question a conduit à l’élaboration d’un barème permettant de rémunérer de manière équitable et systématique tous les artistes participant à une exposition collective, en plus des coûts de production et d’acquisition, qui sont également pris en charge par l’institution.

Outre la préservation du patrimoine culturel, le rôle du musée est de donner du sens, de poser des questions et de jouer un rôle actif dans la société et sa transformation. Ce défi est important aujourd’hui, car l’internet nous fait sombrer dans une pléthore d’images et nous fait croire qu’il multiplie nos possibilités d’information, nos choix, etc. En fait, c’est souvent l’inverse, car sans la possibilité de se retirer du fonctionnement de l’Internet, nous sommes rapidement perdus et sans repères. C’est un réel danger pour la société.
Nous avons créé un site web qui complète l’exposition et la publication, mais qui ne se chevauche pas. Nous voulions montrer l’importance de la communauté de photographes, d’institutions, d’écoles et de professionnels qui s’est constituée au cours de 15 années de régénération. Le site web ne crée pas de contenu en soi, mais donne accès à tout un réseau d’informations déjà disponibles sur Internet.
Nous avons constaté que les photographes sont très désireux de donner à leur travail une forme physique dans l’espace pour transmettre de manière sensuelle des messages sur des questions sociales parfois très complexes. C’est un domaine dans lequel le musée doit pouvoir s’impliquer afin de donner à ces œuvres un droit d’existence. Nous avons également observé un va-et-vient intéressant entre Internet et le musée. Par exemple, certaines œuvres sont créées sur Instagram, sous une forme générée par le réseau social. Ils sont ensuite imprimés pour être accrochés aux murs, puis photographiés à nouveau et échangés dans les réseaux sociaux.
La principale conclusion de l’exposition est sans doute qu’il est important de remettre constamment en question ses propres pratiques afin d’être le plus cohérent possible entre ce que l’on montre dans une exposition et ce que l’on fait en tant qu’institution publique.

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